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Alternative

Interview (fin avril 2004)

Interview & Photos : C.Flohimont

Beaucoup de groupes belges rêvent certainement que leur histoire ressemble à celle des Girls in Hawaii. Une reconnaissance quasi spontanée tant chez nous qu'ailleurs, des ventes de disques qui s'inscrivent dans un ultratop bien peu wallon, voire même belge où ils font donc office de porte-parole de la musique de ce pays. Pourtant, "les filles", comme on les appelle, sont loin d'apprécier le soleil en collectivité, les plages surpeuplées. Préférant les endroits plus calmes, ils rêvent, quant à eux, à des choses plus intimistes que ce que la hype GIH a amené comme conséquences.
Finalement, après cette interview, on comprend combien le visuel du groupe est à leur image… Des photos de plages désertes où ne volent que les mouettes, de grands espaces, de grandes étendues vertes qui symbolisent leur simplicité, leur fragilité, leur émotivité musicale. Même si une certaine part du public les considèrent comme des stars, ils sont restés humbles de leur succès et comptent ne pas changer. Antoine, Lionel et Olivier (le photographe) nous ont accordé de leur temps, alors qu'ils rentraient d'Italie, assez fatigués, pour jouer en Belgique. La fatigue ne les a nullement empêché de répondre à cette longue liste de questions que je me posais.

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A = Antoine - L = Lionel - O = Olivier Cornil

Le groupe et leurs fans- L'histoire va vite pour vous...

A : Oui, oui l'histoire du groupe va vite, on est souvent dépassé. Ca va de bonne nouvelles en bonnes nouvelles et en choses plutôt positives donc on ne va pas se plaindre. Mais cela va très vite.

- Les dernières bonnes nouvelles, c'est le Japon ?

A : En fait, c'est assez amusant car les gens ont l'impression que sortir un disque au japon ou ailleurs, c'est hallucinant mais il s'agit chaque fois de tous petits labels, en Allemagne, au Japon sauf en France. Pour nous, le Japon, c'est l'espoir de vendre quelques disques là-bas, d'aller faire trois, quatre dates, une petite tournée, quelques journée de presse, d'aller rencontrer les gens et de créer des contacts pour après. Mais c'est vrai que ce n'est pas… On a encore absolument rien au Japon, c'est une porte qui s'ouvre. Mais c'est vrai que c'est une super bonne nouvelle parce qu'on a envie d'aller au Japon et que ça nous excite plutôt d'aller défendre l'album dans des territoires qui ne nous connaissent absolument pas, d'arriver dans un truc très nouveau parce que, parfois en Belgique, il y a ce côté bizarre et ennuyeux d'avoir l'impression que tout est acquis, que l'album s'est bien vendu en Wallonie, qu'il y a plein de gens qui l'ont acheté et qui viennent à nos concerts. C'est souvent sold out quand on joue. Tu fais un concert avec des gens qui attendent depuis deux semaines de le voir, qui viennent avec une énergie dingue, ils sont contents quoi qu'il arrive. Que le concert soit bon ou mauvais, ils repartent contents… C'est un peu moins excitant que d'aller au Japon ou en Italie, où nous n'avons pratiquement jamais joué, où le public ne nous connais pas. Ce n'est pas énorme ce qu'il se passe, c'est déjà vraiment bien mais c'est surtout excitant pour nous d'aller défendre notre musique dans ces pays-là.

- Est-ce que la facilité est aussi due au fait que maintenant on croit un peu plus en ce que nous avons aussi chez nous ?

A : Oui, je crois. Je crois aussi qu'il y a, chez nous, des gens extérieurs au milieu qui simplement s'intéressent aux groupes. Si en Belgique, des salles sont complètes, si la "Sacrée Nuit" affiche complet en une semaine et demi et que beaucoup de groupes vendent plus d'album, c'est parce qu'il y a une envie du public qui s'est développée et qui n'existait pas avant. C'est agréable car ça signifie qu'il pourra y avoir une scène et sans doute, d'autres groupes pourront se dire : "c'est chouette de faire de la musique en Belgique, ça marche, les gens remplissent des salles…" et qui oseront, donc, créer leur groupe et recréer toute une communauté de gens qui font de la musique, des chansons. A chaque fois, il en ressortira quelques groupes vraiment intéressants, aux propos intéressants. C'est un peu grâce à cela que tout est possible et c'est plutôt une bonne nouvelle.

- Concernant votre histoire personnel, vous ne croyez pas que cela va trop vite et que la descente sera, peut-être, trop rapide aussi ?

A : On pense tous que cela va trop vite, au détriment de nos vies privées ou même pour nous, gérer cela psychologiquement, cela va très vite et on a le sentiment de ne pas savoir toujours tout maîtriser et d'être un peu dépassé. En même temps, je crois que cela pourrait encore aller dix mille fois plus vite. Il y a des choses qui s'installent mais qui mettent encore beaucoup de temps… L'album sort dans trois ou quatre pays mais ce pourrait être aussi 50… Je pense que nous nous plaignons parfois du fait que ce n'est pas toujours très gai, il y a des moments moins gai… C'est très bien, nous sommes tous ravis du développement du groupe et donc il faut assumer le genre de petits problèmes qui en découlent. Je pense que cela va vite mais ce n'est pas ingérable, de plus nous avons aussi envie que cela aille vite, donc…

- En fait, je me disais qu'effectivement, on n'entend souvent parler de vous comme d'une grande révélation, vous avez vendu des albums d'une manière conséquente ici mais tout cela, on ne s'en rend pas compte avant d'assister à un de vos concert. Par exemple à Bomal, en avril dernier où le public était quasi hystérique, à crier vos prénoms… Quel effet cela vous fait-il ?

A : C'est simplement quelque chose dans lequel on ne se reconnaît pas du tout..

Lionel (Girls in Hawaii)L : Je crois que nous somme très gênés par rapport à cela, en fait. Nous en discutions en sortant de scène, cela ne rentre pas dans notre conception du public. En même temps, on ne blâme personne, c'est juste que cela nous gêne et que nous ne nous sentons pas à notre place là-dedans.

A : Par rapport à notre personnalité, en fait , pendant des années, nous avons adoré des groupes, nous sommes allés les voir et pour nous, c'était plutôt apprécier vraiment le groupe dans son coin, être heureux, applaudir car c'est toujours chouette pour un groupe de voir une réaction mais ne pas tomber dans une relation d'idolâtrie. Nous trouvions que ce qu'ils faisaient était incroyable. Après, nous rentrions chez nous, nous en discutions, sans plus. Pour nous, c'est vrai que c'est bizarre… il y a certainement des gens comme cela dans notre public, plutôt intérieurs, qui viennent te dire intelligemment, quand ils te croisent, sans qu'ils aient l'impression de t'emmerder : "C'est vraiment chouette ce que vous faites". On en croise parfois même si c'est rare. Ce qui est visible, ce sont les gens qui hurlent d'hystérie au premier rang, qui scandent mon prénom ou celui d'un autre du groupe entre les chansons. Quand on voit cela, on se dit : "Mais c'est Kyo…" (rires), c'est la fanfare de je sais pas quoi. Ce n'est pas quelque chose, pour nous, qui colle à notre univers, à ce qu'on donne dans nos chansons, à notre façon d'être. Parfois, nous avons l'impression que ces gens-là obéissent à un phénomène de mode mais qu'ils ne peuvent pas vraiment apprécier ce que nous faisons parce qu'alors, ils l'auraient perçu différemment. C'est comme ça mais en même temps, nous sommes tous contents que cela marche. Ce sont des aspects plus bizarres ou moins bons mais qu'il faut assumer.

- Cela dit, c'est très bien ce que vous faites…

(rires)
A : Oui, nous y croyons aussi. Si ce n'était pas le cas, ce serait vite décourageant aussi…

- En fait quand j'écoute l'album, j'ai une drôle d'impression, plus ou moins inexplicable…Par exemple, le dernier album de Mud Flow me touche d'une façon plus personnelle au niveau textes et mélodies alors que vous c'est une émotion toute autre, plutôt d'admiration des ambiances mélodiques que vous mettez dans vos chansons.

A : Que dire… en fait… je ne sais pas si cela répondra à ta remarque mais… ce que je voulais dire par rapport au public, c'est que pour nous sortir un album, faire des chansons, les dévoiler aux gens, les enregistrer et venir en concert, ce sont des choses quelquefois pénibles à vivre parce que nous sommes des personnes, parfois un peu extravagantes mais aussi très réservées. Dévoiler tout cela, c'est aussi dévoiler une part de fragilité, de faiblesse. Ce dont nous avons toujours rêvé, c'est que les gens, dans leurs chambres, soient émus par notre personnalité, par nos chansons, par nos voix un peu fragile.

- Oui… pour moi, c'est tout à fait ça …

A : Oui ? Une espèce d'émotion comme cela mais une émotion… que quand on vient en live, les gens acceptent nos faiblesses, nos erreurs et qu'on puisse se dire que nous faisons un live très intimiste, très calme… On ne se montre pas beaucoup, on ne parle pas entre les chansons, on part vite après… C'est quelque chose qui nous va bien, en fait. Dans des concerts comme celui de Bomal, ce qui nous arrive souvent, c'est d'avoir l'impression que les gens ne respectent pas notre pudeur mais c'est juste parce qu'ils fonctionnent différemment et que pour eux, aller voir un concert, c'est lâcher toute son énergie et montrer l'amour qu'ils ont pour le groupe… je ne sais pas… Nous aimerions que les gens applaudissent pour dire "c'est bien" ou "c'est pas bien" mais qu'ils soient un peu réservés, plus froid. Une ambiance comme celle de Bomal ne correspond en rien à ce que nous attendons d'un concert.
(Lionel rit)
A : Il se marre parce que je passe une heure à expliquer un truc… (rire)

- Par contre, tu disais que le live était calme, j'ai trouvé, justement, par rapport à l'album, que vous mettiez plus de fureur sur vos morceaux…

Antoine (Girls in Hawaii) A : Bizarrement oui… si nous mettons plus de fureur, c'est peut-être parce que nous ne sommes peut-être pas complètement contents de l'ambiance, que ce n'est pas notre ambiance de rêve. Parfois, il en ressort comme un peu de hargne en réaction…

L : Oui, je crois qu'il y a eu peu d'ambiances propices pour le faire aussi… et que souvent, nous nous retrouvons dans des salles… C'est vrai qu'il y a peu de salles où nous pouvons installer quelque chose d'intime. Je pense aussi qu'il y a une question de confiance… Faire un choix intimiste, fragile, cela demande aussi de la concentration.

A : A Bomal, nous étions dans un hall omnisports où le son est dégueulasse, en tout cas sur scène. Apparemment, dans la salle, ça allait. Sur scène, c'était abominable, il y avait des chansons entières où nous ne captions rien, les retours étaient pourris. La salle était plus ou moins belle, le matos était très bon, c'était juste une question d'implantation. Ce n'était pas un lieu où nous pouvions faire ressortir nos qualités, nos envies de musiciens. Je ne sais pas…tu ne vas pas jouer, prendre du plaisir à jouer, jouer avec de la subtilité dans les parties de guitare, dans les parties vocales… : tout ce qui est quand même excitant quand tu fais de la musique depuis longtemps et que tu connais toutes tes chansons par cœur. A Bomal, c'était vraiment les jouer à la hache, à la scie, au marteau. Souvent, cela donne un truc qui ressemble à la chanson parce que ce sont les mêmes accords mais cela n'a pas du tout l'émotion, la finesse du disque. Quand nous nous retrouvons dans des salles comme celles-là, la seule solution qui nous semble possible, c'est de bourrer dans le tas, de brailler dans les micros et de faire au moins quelque chose d'impressionnant. Mais ce n'est pas tellement ce dont on est le plus fier, par rapport à nous…

L : Je pense que c'est aussi une question de facilité. Parce que quand tu fais beaucoup de concerts, que tu tournes depuis un bout de temps, comme c'est le cas, il y a vraiment un essoufflement, tu t'éloignes un peu des morceaux... on les joue comme cela parce que cela demande un peu trop d'énergie.

A : Maintenant, c'est vrai que si nous nous retrouvons dans un show case acoustique ou dans une radio, ça change complètement la donne, nous savons très bien que nous n'allons pas "pêcher". Nous avons fait un show case à Lille où nous étions fatigués, nous n'avions pas envie de jouer mais la salle était jolie et très acoustique, il y avait à peine cent personnes, le son n'allait pas trop fort, c'était super intime. C'était un concert qui, bizarrement, nous convenait parfaitement où il y avait moyen de jouer en subtilité, avec émotion, avec un peu de fragilité. Nous nous disions déjà que ça allait être horrible mais ce fut tout le contraire, c'était super gai à faire. Parfois, c'est un peu cette ambiance là qui nous manque.

- Alex (webzine Nameless) me disait que vous aviez l'air blasé…

A : Blasé !? Non parce que nous sommes en perpétuel amélioration au niveau du confort de jeu. Par exemple, il y a peu de temps, nous avons essayé d'utiliser des "in hear", ce sont des petits baffles qui facilitent beaucoup le chant et le rôle du chanteur. Dans des hall omnisports, s'il n'a pas ça, le chanteur ne comprend rien à ce qu'il fait. Nous avons essayé et cela fonctionnait très bien. C'est clair que dans le hall à Bomal, j'aurais aimé avoir cela… mais… tu te retrouves avec des vieux retours qui ne donnent rien, donc tu ne captes rien de ce que tu chantes. Simplement, ce ne sont pas des conditions agréables. Nous pouvons paraître blasés mais juste de ce type de concert. Nous ne sommes pas du tout blasés d'un chouette concert avec un super son, même s'il y a moins de réaction de la part du public, mais où nous aurons vécu quelque chose, en groupe, sur scène. Les autres, ce sont vraiment des concerts en pilote automatique, puisqu'il n'y a rien moyen de faire donc… (s'adressant à Lionel) : C'est vrai… ?

L : Oui, tout à fait. Il y a des moments où nous sommes moins enthousiastes. Il y a des jours ainsi et j'ai parfois l'impression que nous nous éloignons de l'esprit de base…

A : Oui, moi aussi.

- C'est peut-être aussi le fait que vous revenez juste d'Italie et que forcément avec le voyage…

A : … voyage un peu fatiguant mais en Italie, c'était super gai. Ce qu'il y a c'est que, comme dit Lio, on s'éloigne un peu de l'esprit de base. C'était donc gai pour nous de venir discrètement avec nos chansons, comme pour les premiers "Dour festival" où les gens nous découvraient, trouvaient cela vraiment beau, où c'était encore un peu "hyper indie", un peu foireux, avec moins de dates. Nous prenions vraiment un plaisir dingue à faire cela. C'était aussi chouette de ne pas être vu comme le groupe de Wallonie qui marche le mieux, que tout le monde attend au tournant mais plutôt comme un groupe qui n'est nulle part et que tous découvraient et trouvaient vraiment bien, ça c'était une position très agréable. C'est vrai qu'en retournant en Italie, ce qu'il y a de génial, ce n'est pas tant le pays, car nous n'en voyons quasiment rien mais c'est surtout le fait de revenir dans un endroit où nous ne sommes pas du tout certain de la réaction du public. Nous nous posons des questions… peut-être qu'il n'y aura que trois personnes, que les gens vont nous huer, que ce sera pourri, qu'il n'y aura aucune ambiance… Puis, quand l'ambiance prend et que les gens aiment, nous nous disons que nous avons bien défendu notre musique et que nous avons apporté tout ce que nous pouvions. Ce sont vraiment des concerts très motivants. Quelques jours après, quand nous revenons en Belgique, que nous montons sur scène et entendons que ça braille déjà à mort alors que nous n'avons même pas encore commencé et que les gens ne savent même pas si le concert va être bien ou pas, c'est un truc assez…

Antoine & Lionel (Girls in Hawaii)L : En même temps, c'est le jeu… c'est ainsi que ça fonctionne mais c'est vrai que nous n'avons pas cette notion de devoir nous battre et de… magnifier les chansons… ce que nous faisons moins ici. C'est délicat de dire cela, c'est gênant parce que les gens viennent nous voir, aiment bien… C'est vraiment une position délicate.

- Vous avez travaillé avec Gilles Martin (producteur notamment d'Autour de Lucie), ça fait longtemps que je n'avais plus vu ce nom, pourquoi choisir ce producteur ?

A : A la base, il ne produit pas beaucoup de groupes belges. De plus, nous ne le connaissions pas du tout. A un moment, nous avons éprouvés quelques difficultés pour mixer l'album… Ca faisait longtemps que nous étions dessus, nous ne trouvions pas de solution. A la longue, nous en avons eu un peu marre et nous avons cherché un ingénieur du son intéressant qui pourrait nous donner quelques idées ou même mixer complètement certains morceaux de l'album. Avec beaucoup de doute, sans trop y croire, quelqu'un nous a proposé le nom de Gilles Martin. Nous l'avons rencontré, il a vraiment été super sympa, très intéressant et très enthousiaste, il aimait beaucoup les chansons. Nous savions qu'il avait travaillé avec dEUS et qu'il était assez doué dans ce domaine… Donc nous avons accepté de travailler avec lui, nous lui avons donné quatre, cinq morceaux à mixer. Au final, il y avait un morceau dont nous étions assez contents, un sur lequel nous hésitions et trois autres que nous ne trouvions pas bien du tout. Mais cela nous a permis de nous remotiver, de nous relancer, surtout Lio, dans l'idée qu'il voulait quand même mixer les titres lui-même car il trouvait qu'il était le plus apte à trouver le son et les solutions adéquates. Donc, finalement, nous n'avons gardé que deux chansons mixées par Gilles Martin. C'est vrai que, pour lui, ce fut assez difficile parce que nous lui avions demandé de mixer cinq titres et que nous n'en avons gardé que deux. Depuis, nous ne l'avons plus revu, notre planning était assez chargé. C'est dommage car nous avions envie d'en reparler avec lui… C'est toujours des relations humaines un peu bizarre mais lui, en tant que personne, était vraiment quelqu'un d'adorable, de vraiment intéressant, de super génial. C'était très gai d'aller chez lui. Mais, choisir un ingénieur du son, ce n'était pas évident parce que nous sommes assez difficiles, il y a tellement d'attention sur des petits détails que s'il ne fait pas le mix absolu, le mix parfait d'un morceau, nous trouvons cela "dégueulasse". C'est une position assez délicate pour un ingénieur du son…

L : Ce n'était pas le moment pour nous de se faire remixer par quelqu'un. Nous avions décidé de tout faire depuis le début donc que ce soit Gilles Martin ou un autre, je crois que le résultat aurait été pareil, ce n'était pas ce à quoi nous nous attendions. Mais effectivement, avec Gilles Martin, c'était super, nous nous sommes vraiment bien amusé.

A : On a voulu se dire que cela allait peut-être débloquer les choses, que nous allions trouver des solutions mais ce ne fut pas le cas. En tout cas, nous aimerions bien, dans le futur, travailler avec des gens aussi relax, aussi sympa que lui.

- Qu'est-ce qui diffère sur cet album par rapport à la version démo, à part certaine chansons en plus et en moins, au niveau du son, du mixage. Vous avez retravaillé certaines chansons ?

L : Je crois qu'il y a moins de spontanéité sur l'album parce que nous l'avons réenregistré une seconde fois. Nous avons essayé de garder une certaine fraîcheur mais nous avons surtout fait un travail de son afin de rendre cela vraiment beaucoup plus audible.

A: Puis, il y a l'esprit qui est vraiment très différent , en fait… Tout ce que nous aimions dans la démo, c'est cette fraîcheur absolue. C'était quelque chose de totalement "jeté", de super fragile, d'intègre et d'honnête. Quant à l'album, c'est passé par dix mille angoisses, dix mille peurs ou de l'ennui à refaire certaines chansons. Pour la démo, on n'hésitait jamais, on faisait une chanson, on aimait, on la gardait. L'album a été, psychologiquement, beaucoup plus difficile à réaliser que la démo. Je pense que le résultat s'en ressent mais cela amène, tout au long du disque, peut-être une espèce de tension. Nous ne nous expliquons pas du tout pourquoi les gens trouvent cet album aussi bien… Oui, nous l'aimons bien mais savoir pourquoi il fait l'unanimité, pourquoi certaines personnes disent qu'il est incroyable, pourquoi certains disent que c'est une maturité énorme… Nous pouvons juste expliquer cette tension car les conditions d'enregistrement furent assez dures qu'il y a certaines choses qui sont audibles dans le disque comme une espèce d'énergie ou de but ultime que tu essayes d'avoir. Il y a certainement des choses autre que musicales pour que l'album ait un tel impact parce que… ce n'est qu'un bête disque de pop music, avec des "biesses" chansons, avec des défauts partout… (les autres s'étonnent) …c'est vrai, ce n'est pas un objet hallucinant, c'est notre premier album mais il doit avoir quelque chose d'inconscient, une espèce de truc qui passe comme message à travers… tant mieux mais nous ne savons pas trop l'expliquer.

- C'est certainement dû à l'émotion qui est dégagée par vos voix mais aussi, c'est en tout cas ainsi que je le perçois, par l'utilisation de claviers ? C'est assez rare actuellement…

A : Oui, l'utilisation des orgues… En tout cas, il y a un côté méga-bricoleur dans notre musique. Même quand nous essayons de l'enregistrer comme un vrai album studio. Je crois qu'il y a des choses qui sonnent bien mais les chansons gardent un côté totalement bricolage, dans le ton, dans les petits détails. Même quand cela donne un gros son. Ce n'est pas un album de Placebo même si, à un moment, nous avons envie de sonner comme Placebo, sur une chanson qui pêche - ce n'est pas vrai, je dis ça comme ça - mais il y aura toujours le fait de l'enregistrer dans notre coin, sur une petite table de mixage, dans une vieille pièce, d'une façon très simple…

- Dans la chronique des "Inrockuptibles", il était écrit que selon vous, en Wallonie, il a toujours été vu d'un mauvais œil de jouer de la musique ?

Lionel & Denis (Girls in Hawaii)L : Oui… Cela nous a beaucoup surpris… Je crois que nous essayions plus d'expliquer le fait qu'il y a une certaine gêne, en Wallonie, de monter un groupe de rock, par rapport aux Flamands, par exemple. Il y a vraiment quelque chose qui, jusqu'à maintenant, a freiné les groupes wallons à sortir, à montrer aux maisons de disques ce qu'ils font. C'est l'impression que j'en avais…

A : Les journalistes, en Wallonie, nous ont énormément parlé du complexe wallon vis-à-vis de la Flandre. C'est quelque chose que nous avons continué d'exprimer ou d'expliquer parce que nous trouvons qu'il existe dans les interviews françaises. Mais eux, étant très détachés de la Wallonie et de la Flandre, n'ont, je pense, pas complètement compris le truc. C'est juste qu'en Flandres, à un moment, il y avait tellement de bons groupes, que vu de notre côté, nous pensions que la Flandre, c'était les Etats-Unis, qu'ils avaient tous les bons groupes, nous les groupes "de merde" et que nous serions condamné à faire de la musique un peu pourrie, sur des scènes pourries et ne jamais aller ailleurs qu'en Wallonie… Pour nous, cela a été tellement vite que ce complexe, nous ne l'avons plus du tout. Par rapport à l'Allemagne, L'Italie, la France ou simplement des gens qui s'intéressent à nous, en dehors de la Flandre, nous avons vraiment confiance en nous à ce niveau-là. Nous avons des doutes par rapport à d'autres choses mais pas par rapport au fait de se comparer aux Flamands…

L : Quand l'album est sorti, nous nous sommes dit qu'il était bon mais certainement moins que ce qui se faisait en Flandres. Je ne sais pas, c'est dans l'inconscient mais je pense que c'est vraiment quelque chose qui est là.

- Il semble que le marteau agisse toujours et les gens gardent cela en tête, pourtant il n'y a pas de raison…

A : Si, à un moment, il y avait des raisons… Actuellement, non… Il y a des albums vraiment intéressants qui sortent en Wallonie et moins en Flandres… C'est en train de changer mais je trouve qu'à un moment, il y avait clairement une raison pour qu'en Wallonie, il ne se passe rien parce que personne ne voulait vraiment que quelque chose se fasse, ni les groupes, ni les productions, ni les label, ni le gouvernement. Il n'y avait pas de bonnes salles, pas de bons groupes, pas de bons albums, il n'y avait pratiquement rien…

- Pourtant, la Belgique est perçue différemment à l'étranger… J'ai passé trois mois dans une radio québécoise et sur ce laps de temps, je n'ai pas arrêter d'entendre des artistes comme Jéronimo, Melon Galia, Karin Clercq, Arno, …

A : Je ne parlais pas vraiment des groupes francophones chantant en français, nous nous sentons moins proches d'eux. Nous faisons de la musique et nous sentons plus proche des groupes chantant en anglais, que ce soit Eels, Radiohead, … sans que ce ne soit rattaché à une région ou un pays en particulier. Les sorties en français qu'il y a eu jusqu'ici passent aussi les frontières, même quelqu'un comme Sttellla qui chante des chansons ridicules mais dont la démarche est démente et dont le produit fini est vraiment étonnant et hyper amusant, c'est clair qu'il a eu un succès énorme au Canada, il a fait beaucoup de tournée…

- Et vous, cela vous plairait le Canada ?

A : Oui, bien sur mais je ne sais pas si c'est vraiment possible parce que le Québec est surtout plus intéressé par la francophonie, donc…

- Pourquoi ce parcours itinérant pour enregistrer l'album, c'est juste pour une question pratique ?

A : Oui, tout simplement. L'idée n'était pas d'aller dans un studio professionnel pendant trois semaines mais plutôt d'enregistrer l'album dans notre quotidien. Il a fallu trouver des lieux pour l'enregistrer, des lieux qui nous redonnaient un peu d'inspiration parce que les chansons, c'était un peu du recopiage, donc ça ne nous bottait plus trop. Le parcours itinérant, c'est parce que nous n'avons pas pu avoir un lieu fixe pendant un an mais que nous avons chaque fois eu un lieu prêté pendant deux semaines, un autre pendant trois, etc.

- Ce qui fait que vous avez pris des photos… Vous semblez fortement inspirés par les grands espaces, les paysages qui partent à l'horizon …

Olivier Cornil & DenisOlivier Cornil (le photographe) : C'était notre choix de faire ce genre de photos. Nous nous sommes demandés à quoi le nom "Girls in Hawaii" nous faisait penser par rapport à la musique. Nous avions envie de rester dans un truc un peu décalé, de faire des choses différentes, donc ces paysages se sont imposés. Je me suis promené avec un appareil photo… C'est un appareil un peu spécial, qui pèse vingt-cinq kilos, il faut un quart d'heure pour faire une image…

- « Nous aimons le soleil, les oiseaux, l’eau et les paysages », c'est une doctrine pour vous ?

A : Non, pas vraiment, ce sont juste quelques mots ainsi, lâchés sur notre site internet et qui correspondaient bien à l'esprit de la musique au départ, pas spécialement à notre personnalité. Nous avons toujours aimé cadrer la musique de Girls in Hawaii et le fait de faire de la musique dans une inspiration un peu "paysage, nature, soleil". Dans notre vie de tous les jours, nous aimons partir d'une ville et découvrir des petits endroits mais nous ne sommes pas du tout écologiques ou même écologistes… Par exemple, Oli, pour faire ses photos, roule seul dans sa voiture durant toute la journée. Il dépense un plein entier d'essence pour faire deux, trois photos de belle nature. Ce n'est pas du tout écolo, c'est plutôt la traque de choses belles, de … Mais, en même temps, nous faisons assez bien la promotion des Ardennes belges…

O : Oui, nous pourrions travailler pour l'office du tourisme…

A : Faire des calendriers…

L et O reprennent : Oui… faire des calendriers…

(rires)

- Parmi tous les paysage des Ardennes belges, quel est celui qui vous aurait marqué ou qui vous aurait apporté quelque chose ?

A : Pour moi, ce serait Rahier, la maison où nous avons enregistré, un lieu bien hallucinant, super joli. Il y a aussi la photo de l'éolienne sur le cinq titres, le premier que nous avons sorti. J'étais présent quand nous avons fait la photo. C'est un image complètement hallucinante, chaque fois que je la regarde, je me dis que ce n'est pas possible qu'un tel lieu existe réellement, ce n'est pas possible qu'un jour, il y ait eu une prairie en Ardenne, avec une éolienne au bord d'un petit chemin. Cela me paraît complètement "plastique", comme une peinture et pourtant, je sais que j'y étais. Nous avons pris d'autres photos ce jour là, nous étions trois, dans la neige, avons attendu une heure, fumer… Il arrive parfois que quand je la regarde, je m'en blase complètement où qu'elle passe inaperçue pour moi mais à d'autres moment, elle m'étonne. Elle me touche vraiment, c'est la photo qui me touche le plus dans Girls in Hawaii.

O : Ce qui me touche le plus, c 'est la multitude, en fait. C'est le fait d'avoir un tout petit pays et … la Wallonie, ce n'en est déjà que la moitié mais en même temps, avec les quelques images, cela part dans tous les sens. Il y a plein de paysage qui sont super beaux et j'ai plutôt l'impression que les gens n'arrivent plus à les voir. Pour moi, faire des paysages comme ceux-là avec de beaux ciels, une belle ambiance, des trucs assez incroyables, c'était aussi montrer aux gens que leur pays n'est peut-être pas aussi pluvieux, aussi triste qu'ils veulent le voir. Pour le paysage avec l'éolienne, les gens me disent souvent que c'est aux Etats-Unis ou me demande où c'est et ne se rendent pas du tout compte que c'est à côté de chez eux… Je voulais aussi ouvrir les yeux des gens sur la multitude de choses super belles qu'il y a à côté de chez eux.

- As-tu beaucoup voyagé avant de te dire qu'ici aussi, nous avions de beaux paysages ?

O : En faisant nos photos, quelque peu… Avec Lio, nous faisions quelques trips parfois… Nous avons aussi fait d'autres travaux de photo qui nous ont amené à nous balader un peu partout, cela nous a permis de faire des repérages. Je connais pas mal la Belgique… au départ, ce n'était pas une traque, c'était surtout des balades et le simple fait de croire q'il y a aussi de beaux coins chez nous…

- Quand je suis revenue de mes trois mois au Québec, je me suis, moi aussi, rendue compte qu'il y avait plein de choses à photographier chez nous. Il est vrai, au départ, que les gens n'ont pas la démarche de prendre un appareil et de fixer ce qu'ils voient… Maintenant, avec le numérique, c'est peut-être plus démocratique…

A : En fait, je crois que même pour les gens qui habitent dans un pays magnifique, où il n'y a que des beaux coins, après dix ans à vivre là, ils n'en ont plus rien à faire. Les Marseillais finissent certainement par ne plus se rendre compte qu'ils ont du soleil toute l'année… C'est vrai que chez nous, c'est juste le fait que, comme dans tous les pays, l'endroit où tu habites, tu ne penses pas que c'est un endroit intéressant… Nous croisons parfois des étrangers qui nous disent que Bruxelles est une ville géniale, démente, super gai…

O : En Italie, surtout…

A : Oui, c'est ça. Quand nous allons à Bruxelles, on n'y pense pas, cela ne nous fait rien… mais il y a quand même moyen de redécouvrir certains endroit. Ce qu'il y a d'intéressant dans ce travail, c'est de pouvoir dire aux gens autour de nous que notre pays, comme tout pays au monde à des côtés attachants, intrigants, passionnants ou même dégueulasses… faire prendre conscience de l'environnement aux gens. Ce n'est pas du tout ce qu'on arrive à faire, c'est juste une goutte dans l'océan.

- Vous suscitez tout de même des réactions…

A : Oui, cela fonctionne un peu.

O : C'était le but aussi. C'est comme pour la musique, le but était d'apporter un peu de bonne humeur, de joie.

A : La démarche était à moitié consciente, provoquée par Oli ou Lio dans les travaux de photo qu'ils avaient faits. De mon côté, si abstraitement, j'avais imaginé la pochette d'un album, cela aurait été une image super esthétique, qui n'aurait rien eu à avoir avec mes racines mais plutôt de l'univers de la musique, comme une projection. C'était amusant de revenir à ce qui t'entoure, au quotidien - ce qui est aussi le cas de nos chansons – et de ramener tout ce que les gens ont autour d'eux dans une pochette de disque. S'ils regardent les polaroid du poster, finalement ce ne sont que des choses quotidiennes avec une façon bizarre de les cadrer. Cela donne des images étonnantes, des couleurs étonnantes… C'est super amusant.

- Quant à toi Lionel, la photo que tu retiens ?

L : C'est plus une multitude aussi… Voir les lieux qui se côtoient sur papier.

- Les chats, c'est aussi une passion ?
(rires)

A : En fait, nous avons tous des chats chez nous…

L : On fait beaucoup de concours de beauté…

A : Dans le fond de mon jardin, j'ai une grande cabane avec douze chats… Lio a plusieurs chats aussi dont deux empaillés parce qu'ils sont morts… Oli est allergique donc ils les aiment uniquement en photo ou en dessin et … c'est pas vrai du tout… Mais en fait, Nous aimons bien les chats. Lio, toi tu les aimes vraiment bien, tu trouves que ce sont de beaux animaux…

L : Oui, oui, un peu moins maintenant, je ne sais pas pourquoi… Au départ, c'est vrai, j'avais un chat que j'adorais et j'ai beaucoup composé en regardant mon chat dormir devant moi.

GIH en live à Bomal (avril2004)- Vous avez placé les chansons de façon chronologique sur l'album, pour quelle raison respecter cette chronologie ?

A : Parce que cela avait du sens pour nous, simplement. Nous n'avons pas eu beaucoup de temps pour faire la construction de l'album au niveau de la place des chansons. A un moment, nous nous sommes inspirés d'un set que nous faisions, de l'idée de chronologie, d'un point de départ et d'arrivée. Comme nous n'avions pas le temps d'essayer dix mille possibilités, ce set constituait un cheminement intéressant. Ce n'était pas très réfléchi, nous n'étions pas du tout certains du set de l'album.

L : Au delà de la chronologie, nous avons surtout essayé d'instaurer des ambiances changeantes, une sorte de voyage qui commence joyeusement et qui termine d'une façon un peu plus sombre. Pour moi, c'était un peu une coïncidence aussi.

A : C'est cohérent mais on a trouvé cet ordre par hasard. C'est par après que nous nous sommes rendus compte que c'était chronologique. Au moment même, nous n'avons pas construit cela chronologiquement.

- Pour "Organeum", on a l'impression que vous faites un constat de ce que le groupe est maintenant et des doutes que vous avez encore ?

A : Oui, cette chanson parle de ça. Elle peut, en tout cas, parler de ça mais quand je l'ai écrite, je l'ai fait sans rien vouloir dire dedans. Je l'ai écrite en prenant des phrases que j'aimais, en parlant de moi et de quelqu'un d'autre, dans une grande plaine, en train de dormir et de profiter des derniers rayons de soleil avant de partir. C'est vrai, bizarrement, qu'il y a des phrases qui ont un lien avec l'histoire du groupe, avec ce que nous vivons mais ce n'est pas fait exprès ou peut-être inconsciemment. Evidemment, lorsque j'ai écrit les paroles, nous en étions déjà à "bouffer" du Girls in Hawaii 24h/24.

- Concernant les doutes dont vous parlez assez souvent, est-ce que, depuis cette "ascension", vos mentalités ont changé ?

L : Par rapport à nos doutes, non… je pense qu'une fois que certains sont écartés, d'autres viennent. Je crois que cela fait partie de notre personnalité. Maintenant, il y a des doutes sur ce que nous pourrons faire plus tard, sur la possibilité que nous aurons à nous développer, à faire évoluer les choses, les chansons, les albums... Pour moi, des doutes, il y en a des plus terrifiants encore, finalement.

- Dans une chronique française, l'auteur disait que vos musiques étaient minutieusement pensées et que vous ne preniez aucun risque…

L (pensif, perplexe) : mm… prenions aucun risque… ?

A : Je pense que c'est une impression que le gars peut avoir. Au delà de ça, notre idée première n'est pas de prendre des risques même si tu le fais obligatoirement. Quand tu dévoiles, pour la première fois, une chanson à un ami, quand tu décides entre devoir choisir une vie normal ou faire de la musique, quand tu t'enfermes à huit dans un local de répétition, dans une camionnette, dans un studio… ce n'est pas spécialement prendre des risques mais ce sont des efforts et une volonté de faire quelque chose de bien tout en sachant très bien que tout cela ne va peut-être mener absolument à rien. Juste le fait pour les gens de faire un groupe de musique, c'est déjà en soi une prise de risque.

L : Oui, puis les groupes qui nous intéressent ne sont pas spécialement des groupes qui prennent des risques non plus. Il y a beaucoup d'albums que je trouve magnifique, des albums de Calexico, d' OP8, qui ne sont pas des gens qui prennent énormément de risque, je trouve.

A : Ce n'est pas du tout un album concept ou un album complètement hallucinant avec un concept énorme dedans, qui pouvait peut-être marcher ou pas, que nous avons fait. Quand tu écoutes Will Oldham qui fait les mêmes albums depuis quinze ans, c'est le truc qu'il a toujours fait dans sa vie… il a une vie quasi aussi monotone que s'il allait à l'usine tous les jours. Pourtant, il fait des chansons hallucinantes et quand tu écoutes ses albums, tu es vraiment étonné de la qualité mais il n'y a rien de risqué, il n'y a jamais rien qui change et tous ses albums sont dans la même lignée, plus ou moins…

- La plage cachée "Joking about my life" (enregistrée live et ivre), c'est parce qu'il y a matière à rire dans votre vie ?

A : La chanson parle de quelque chose de très simple, c'est juste la nostalgie des années qui viennent de passer, de savoir que c'est si bon de s'offrir un barbecue dans le jardin, de boire quelques bières, de profiter d'un bête moment où tu ne réfléchissais à rien… Surtout quand nous étions aux études, notre vie se résumait à aller boire des verres dans les bars, ne plus rien faire de spécialement excitant… C'est vraiment se rendre compte que tu vieillis et que tu vas devoir faire le deuil de tes années folles… J'ai vraiment l'impression que ces années-là sont complètement derrière moi pourtant je fais quelque chose de plus bizarre qui est de faire de la musique, partir dans des villes… Quelque chose de bien plus excitant que ce que je faisais quand j'avais seize ans mais j'ai l'impression que j'étais beaucoup plus déluré, que je m'amusais beaucoup plus, en général, quand j'avais cet âge. Cette chanson parle de cela, ce n'est pas super marrant comme texte…

L : C'est aussi sur la peur que tu as quand tout une époque se finit, que tu dois réinventer ta vie, la rediriger… ça peut te faire rire doucement mais en même temps, c'est terriblement angoissant… Je vois vraiment cette chanson ainsi.

- C'est peut-être aussi une part de cynisme par rapport à la situation qui change ?

A : Pas de cynisme…

- Par rapport à soi-même peut-être… Cynique de voir que la vie change et pas nécessairement dans le bon sens…

A : Non, moi c'est plutôt quelque chose qui me rend bêtement triste et qui me fait dire que chaque étape de la vie a ses moments intéressants et ses moments plus pénibles et qu'à mon avis, il y a moyen, à chaque fois, de trouver ce qu'il y a d'intéressant et de changer ton état d'esprit. Cynique, peut-être dans le sens où c'est un peu se moquer de ce côté ridicule de toujours regretter ce que tu n'as pas ou ce que tu n'as plus et de ne pas profiter de ce qui t'arrive, de ce que tu as. C'est quelque chose que nous connaissons dans le groupe. Nous sommes toujours en train de nous dire que nous regrettons l'esprit du début, les gens qui ne s'intéressaient qu'à notre musique, le temps où nous plaisions à moins de personnes et au moment même où nous n'espérions plus, maintenant donc, on se dit que nous ne voulons plus tout cela. C'est vrai que parfois, faire certains concerts nous ennuie un peu mais le niveau de popularité que nous avons en Wallonie, par exemple, nous permet d'avoir plein de possibilités, de confort dans ce que nous faisons et plein d'ambition pour l'avenir. En règle générale, nous nous plaignons beaucoup… non ?

L : Oui… nous somme un peu des désillusionnés (rires)

A : Oui, depuis le début. Nous n'avons jamais cru au fait d'être musiciens, de faire des tournées, d'être heureux par rapport à cela, jamais cru que notre musique pourrait fonctionner… Ce sont des choses que nous faisions pour nous même, dans notre coin et puis tout te dépasse très vite.

L : Le ciment de l'album, c'est un peu la création artificielle d'une époque de ta vie qui était super heureuse…

A : Oui…

L : C'est pas spécialement drôle, nous ne sommes pas vraiment marrant là… (rires)

A : Si, nous faisons beaucoup de blague pourrie mais… ce que dit Lio est vraiment intéressant. Effectivement, tout le thème de l'album, c'est le regret de sa vie de gosse quand tu planais de rentrer dans le brouillard, d'être en vacance dans ta bagnole, quand tu étais en vacance, que tu avais seize ans. Ce ne sont que des moments nostalgiques parce que nous avons composé l'album dans une période d'ennui profond et nous ne voulions pas du tout parler de cela et donc nous avons parlé de tout ce qui nous est arrivé de cool avant. Quand il y a déjà ce syndrome là, cela signifie que tu es quelqu'un qui ne profites jamais trop de ta vie au moment même et qui est toujours un peu triste des bons moments d'avant.

GIH en live à Bomal (avril2004)- Votre vision de l'expérience Cargo à Londres…

A : C'était méga chiant ! (rires de tous) C'était vraiment nul. C'est un des concerts où nous nous sommes le moins amusés depuis longtemps.. Simplement parce qu'en Angleterre quand tu arrives, tu es pris pour une merde. La salle a coûté super cher, les gens (locaux) n'en avaient rien à foutre et nous ne voyions pas vraiment l'intérêt vu qu'il n'y avait que des belges dans la salle.
(NDLR : plusieurs cars avaient été réservés par le label Bang! pour amener le public belge là-bas)

L : De plus, nous étions fatigués, nous nous sommes disputés…

A : Toi (Lio), tu râlais sur ta copine.

L : Oui, en plus…

A : Nous nous sommes engueulé avec un autre groupe. Nous avons passé des heures dans cette camionnettes à attendre des bus qui n'avançaient pas, qui avaient des problèmes mécaniques. Oli était venu pour notre visuel, télés et projections. C'était super chiant car il n'y avait rien moyen de faire. Les gens voulaient nous faire payer 150 euros pour un projecteur qui était dans la salle. Il n'y a pas eu beaucoup de trucs cool, le soundcheck était catastrophique, le concert, nous n'avions pas trop envie de jouer…

L : En fait, c'était un gros coup d'esbroufe…

A : C'était faire croire aux gens en Belgique que les Sacrés belges, que les groupes de "Bang !" s'exportent à Londres et font une soirée terrible… ce qui n'était pas vraiment le cas. C'est dommage… D'un autre côté, Il y a d'autres choses que le label a organisé et qui ont vraiment marché comme la soirée à L'Ancienne Belgique. C'était bien réalisé, une bonne idée exploitée jusqu'au bout…

O : Et surtout un esprit fort différent de Londres.

A : Oui, tout à fait…Londres, c'était comme essayer de conquérir le pays imprenable…

L : Nous ne sommes pas dédaigneux par rapport à cela, du tout… juste que nous avons trouvé cela un peu vain.

- Justement, cela ne vous a pas amené à des contrats ou de l'intérêt de la part des maison de disques là-bas ?

A : La-bas en Angleterre… absolument pas. Mais vu que l'idée, au départ, c'était ça… L'idée des cars de Belges, c'était pour remplir la salle afin qu'il y ait de l'ambiance dans la salle et que si des gens venaient, ils ne se trouvent pas dans une salle vide. L'idée était bonne au départ mais juste que pour nous, ça n'a pas été très gai. Comme nous en avons parfois marre de jouer en Wallonie devant un public acquis, aller à Londres et avoir cinq cars de public belge qui nous connaissent…

L : C'est un peu artificiel, en fait. Nous n'aurions eu que cinq personnes s'il n'y avait pas eu… ou peut-être dix ou quinze ou seize. Mais nous l'aurions accepté, c'était le jeu et tu te défends peut-être beaucoup plus…

A : Nous aurions, sans doute, fait un meilleur concert et essayé de convaincre les quinze personnes présentes dans la salle mais là, il n'y avait pas besoin…

- En fait, c'était journée shopping à Londres ?

(rires)
L : Même pas… journée dispute avec sa copine… (rires)

A : Journée "crevé dans les bus"… Tous les gens qui sont venus ont passé dix heures dans les bus. C'était foireux, ils en avaient vraiment marre, je pense. Ils n'avaient même pas eu le temps de visiter quoi que ce soit à Londres. Les gens de la sécurité et de la salle étaient vraiment désagréables. Franchement, les gens présents se sont retrouvés enfermés dans un club pendant trois heures sans pouvoir mettre le nez dehors puis se sont retrouvés dans un bus pendant quatorze heures. J'ai parlé à une fille qui était venue et bizarrement elle m'a dit qu'elle trouvait ça dément, même s'il y avait plein de truc foireux, elle était quand même contente d'y être allée.

- Vous avez quitté la Belgique pour une tournée en France… C'est le sentiment d'avoir fait le tour ici ?

A : Non, c'est juste qu'on nous a proposé de faire une tournée et que nous étions très excités d'y aller, simplement.

L : Cette tournée tombe vraiment à point nommé, Il y a une vie de groupe qui s'installe. Ici, nous jouons une date puis chacun rentre chez soi. Comme en Italie, nous avons fait deux, trois jours, cela s'était super bien passé. En tournée, il y a vraiment une excitation, les membres du groupe se serrent les coudes. Il y a une vraie force qui sort de cela. Donc, cela tombe bien, c'était bien. Nous avons besoin d'un second souffle parce que cela fait un an que nous tournons.

- Il y a également cette participation à Werchter. Si je ne me trompe pas, vous êtes le premier groupe wallon à y être programmé…

O : Il y a eu Venus…

L : Oui, exact mais… Werchter, c'est vraiment un truc, pff… Notre but au départ, en faisant la démo, c'était de jouer à la rotonde au botanique. Donc Werchter, c'est vraiment la grosse blague…

O : Même quand nous l'avons appris, en février, c'était une grosse blague, nous n'y croyions pas du tout…

L : Je ne sais même pas comment l'aborder, aucun de nous ne sait comment le prendre, je pense que nous l'aborderons comme n'importe quel concert.. Je ne sais même pas s'il y aura de la tension, c'est bizarre… C''est génial évidemment, nous espérons que cela nous ouvrira des portes pour aller jouer en Flandre. Nous aimons jouer en Flandres et en tant que Wallon, nous ne nous sentons pas dans la fosse aux lions, non plus… C'est bien qu'il y ait des gens prêts à casser cette barrière Wallons-Flamands. C'est un pas, un geste et c'est chouette.

- La Belgique est ainsi, on ne va pas la refaire mais je trouve ça fou… par exemple quand j'ai rencontré Sioen, il m'expliquait les difficultés à jouer en Wallonie et c'est pareil pour vous ou d'autres francophones vis-à-vis de la Flandre Nous faisons quand même tous partie d'un même pays… De plus, vous chantez en anglais, ce qui est quand même plus accessible…

L : Oui… Nous avons peu de contact avec les groupes ou le public flamands. Nous avons fait quelques dates qui se sont super bien passées, où le bouche à oreille a fonctionné, où les gens de la salle disaient que c'était chouette… Donc, nous arrivions dans des endroits où nous ne nous attendions pas à ce que les gens soient gentils avec nous. C'est à ce point là ! Il y a vraiment un a priori. Il y a énormément de groupes flamands qui sont prêts à… Enfin, il y a déjà des tournées comme celle de Mud Flow et Sioen où il y a vraiment une interaction, un échange… C'est quasi un peu Erasmus et c'est surprenant, c'est dingue quand on y pense une seconde mais c'est génial et nous avons envie de contacter des groupes en Flandres… Il n'y a aucun dédain. Je me demande d'où tout cela vient parce que dans la pratique, tout se passe super bien.

O : C'est un peu comme la politique, je trouve. Les Wallons ne sont pas particulièrement anti-flamand et inversement. Pourtant quand on lit les journaux, ça donne cette impression. Pour la musique, c'est un peu la même chose. Les groupes sont pour mais il y a quelque chose qui fait que ça ne se fait pas, nous ne savons pas pourquoi.

- C'est quoi cette histoire de Boys in Aywaille ?

L : C'était à l'occasion d'un concert pour l'école de communication où Antoine et Daniel ont étudié. Ils nous avaient demandé de jouer gratuitement et comme par rapport à notre booker, il y a certains contrats d'exclusivité, nous avons donc tourné cela à la rigolade en choisissant un autre nom et en se faisant passer pour un groupe de reprise du groupe. C'était pas forcément drôle mais ce n'était pas mon idée (rires).

- Tu te dégages de cela…

L : Oui, complètement… je suis un grand spécialiste.

- Je n'ai pas eu écho d'une réaction particulière de votre part lors de l'affaire Ducarme… Quelque chose à dire à ce sujet ?

L : Ce que j'ai appris, par rapport à cela, c'est qu'il y avait autant de budget alloué à la musique classique et que le fossé était si énorme ! Je trouve qu'en effet, il y a peut-être un rééquilibrage à faire. Maintenant, c'est étrange, au sein du groupe, nous sommes très peu attentifs à tout ce qu'il se passe, nous ne sommes pas "politique". C'est un peu dingue à dire mais je pense que c'est parce nous ne sommes pas dans une situation où nous devons nous battre un peu. Tout nous tombe un peu dessus. Nous ne sommes pas face à certaines réalités comme d'autres groupes peuvent l'être.

O : Ce n'est pas que nous n'y pensons pas, nous nous sommes tous sentis concernés mais je ne sais pas pourquoi nous ne faisons rien… C'est juste qu'il n'y a pas de conscience politique de la part du groupe. Nous ne sommes pas un groupe avec des convictions ou un discours politique. Donc, on se prononce moins, simplement.

L : C'est un peu gênant… Je comprends qu'il y ait des groupes qui se battent, qui se réunissent. C'est important… et parfois, je suis un peu gêné, même au nom du groupe, de ne pas participer, de ne pas être attentif à cela.

O : C'est aussi une question de temps. Antoine et Lio ont tellement à faire que, aller s'investir dans toutes les fédérations, ce serait complètement ingérable.

A : Nous sommes juste complètement en dehors parce que tout est arrivé super vite et super facilement pour nous. Honnêtement, le soutien d'Art et vie (subsides de la Communauté française), cela nous a aidé mais nous aurions fait sans, nous aurions fait le groupe sans cela. Il y a des groupes comme Flexa lyndo… Loïc du groupe qui a ramé pendant dix ans dans des structures vraiment pas faciles, dans une motivation générale assez morose, une ambiance pas évidente avec beaucoup de déception, de trucs qui ne fonctionnent pas. Lui, quand il voit des gens qui se lient et qui essayent de faire bouger les choses, il rentre à fond dedans et essaye d'apporter son expérience. Il est vrai que nous arrivons une guerre en retard et que toutes ces choses-là n'ont pas réellement de sens pour nous. Bien sur, nous trouvons cela important, nous trouvons cela génial que les gens s'investissent. Nous pourrions même nous dire que nous allons nous investir mais en même temps, nous n'avons pas le même genre de motivation. Même "Sacrés belges", cela nous passe complètement à côté… Ce n'est pas super gai à vivre.

- En bref, ce que tu dis, c'est que vous faites de la musique, vous en profitez maintenant mais si demain tout était fini, ce ne changerait rien ?

L : Si demain, on nous coupait absolument tous les budgets, par exemple et que ça serait vraiment une catastrophe, sans doute que nous regretterions. C'est étrange à dire mais tout va vite et nous sommes trop occupés.

A : Une dame est venue nous demander d'aller jouer au mariage de son beau-fils parce qu'il était fan du groupe et que ce serait super d'avoir Girls in Hawaii en acoustique à son mariage. La demande nous a un peu fait rire et en même temps le geste de cette dame était beau. Mais en réfléchissant, nous nous sommes dit que ce n'était pas possible, nous partions le lendemain en concert. Dans ce genre de demande, nous avons fait un concert dans une prison, il y a un an. C'était une des expériences les plus enrichissantes de Girls in Hawaii parce que c'était vraiment tourné vers l'extérieur, et non vers nous, non dans un but commercial mais dans le but de rencontrer une autre réalité et de faire en sorte que jouer dans un groupe de musique, ça serve aussi à quelque chose à un moment donné. C'est le genre de demande que nous n'aurions, pour le moment, plus le temps, ni l'énergie, ni la possibilité de faire. C'est dommage car nous aimerions vraiment avoir le temps de le faire plus souvent afin de donner un sens à tout cela. Aller jouer dans un home, dans une maison de jeunesse, donner des cours de guitare dans les prisons comme nous l'avons fait une fois, ce sont des moments qui donnaient vraiment un sens au groupe. Maintenant, nous nous sentons plus…enfin, nous en sommes juste à devoir répondre à des obligations qui rapportent de l'argent, qui font que le projet se développe. C'est très égoïste, très centré sur nous-même. Nous ne sommes pas non plus de grands altruistes mais cela fait du bien parfois d'avoir le temps de faire ce genre de choses. C'est peut-être pour te donner bonne conscience, je ne sais pas… Je pense aussi à ce qui est le plus dérangeant pour nous dans le fait d'être ou de se sentir dépassé, c'est concernant les mails que nous recevons des gens. Ce sont des gens qui demandent les paroles, qui ont envie de lier contact avec nous, qui aiment la musique mais il y en a trop tout le temps. A un moment, tu tries vraiment. Brice essaye de s'atteler à faire cela de façon régulière, heureusement qu'il est là… Moi, cela fait plus de quinze jours que je n'ai plus relevé mes mails. Nous n'allons pas, non plus, faire gérer cela par un fan-club…(rire). Je pense que les gens comprennent mais en tout cas, pour nous, ce n'est pas gai. La plupart des gens que nous croisons dans les salles, on les délaisse après deux minutes parce que nous en avons un peu marre de causer à des gens, d'aller de personne en personne. Faire un concert lors des nuits du Botanique et croiser deux cents personnes qui souhaitent te parler, ce sont les moments les plus durs de Girls in Hawaii que nous ayons.

L : Oui… Tu n'as pas envie de montrer à quelqu'un qui aime ta musique que… Enfin… tu préfères alors aller te mettre ailleurs…. C'est marrant mais tu tombes dans une période où nous nous posons beaucoup de questions, nous recherchons vraiment un second souffle. Nous ne sommes pas très drôles…

A : Nous ne sommes pas des gens qui aimons être exposé, à la base…

O : C'est un peu comme ce soir, où Alex disait qu'ils avaient l'air blasé. Je ne suis pas sur scène mais je les vois toujours et ce que j'ai surtout ressenti, c'est l'impression que la distance venait de la réaction forte du public. Ne pas savoir comment réagir à ce public qui est tellement envahissant. Ce n'est pas le fait d'être blasé, c'est juste que quand Antoine entend son nom scandé, que dire.. que dire. Je crois qu'il n'y a même rien à dire au public.

A : Oui, nos deux concerts à Milan et à Turin, c'était un bonheur incroyable. Quand les gens applaudissaient dans la salle, c'était … "ouhh"…waw, c'était génial quoi. Ici, quand j'entends les gens brailler mon nom, celui de Lionel; de Brice, c'est "pff".

- Tu ne crains pas de te faire des "non-fans" ou de décevoir ces personnes, justement ?

A: Non parce que je pense que ces gens-là ne sont pas toujours intéressés par notre musique ou par notre personnalité parce qu'ils ne la comprennent pas vraiment. Je pense qu'ils sont plus intéressés par l'effet de mode autour de Girls in Hawaii. Honnêtement, j'aurais plutôt peur de donner une image du groupe qui est tout à fait fausse ou de décevoir des gens plutôt comme nous, discrets. Ceux-là doivent se dire, quand ils voient des filles brailler au premier rang que cela fait un peu Patrick Bruel. C'est ce que j'aurais ressenti si j'avais vu ce genre de spectacle… Je trouve ça triste. Je trouve justement que notre réaction d'un peu s'en détacher, de ne pas trop répondre à ce genre de truc est la meilleure... C'est le phénomène un peu gênant que les gens t'aiment avant de te connaître, de t'avoir vu, avant de savoir quoi que ce soit de toi. C'est bizarre, mais ce genre de réaction ne me donne que l'envie d'être froid, de ne rien dire entre les chansons, merci, au revoir, salut . Par contre quand tu es face à des gens qui ne te connaissent pas du tout, comme en Italie, tu as envie de les conquérir, de les connaître, de les rencontrer.

Interview & photos : C.Flohimont

Galerie photos : Les GIH à Bomal (avril 2004)

Retrouvez cette interview mais également un long reportage sur l'été 2004 des Girls in Hawaii auquel nous avons participé sur le webzine Nameless.
Portraits, photos, vidéos des différents festivals où ils ont joué.