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An Pierlé - interview (août2002)


interview : C.Flohimont
photos : Célyne J.

An PierléLa démarche créatrice a été totalement différente pour "Helium Sunset" que pour "Mud Stories"?
Oui, ça tu peux le dire ! Il faut évoluer... Avec Koen on a fait beaucoup de choses ensemble et naturellement ça change. Les goûts de Koen et les miens sont différents et quand tu les mets ensemble ça donne un truc différent.

C'est par moyens financiers supplémentaires que tu as pu y ajouter d'autres instruments ?
Non pas vraiment... on essaye de ne pas jeter l'argent par les fenêtres et c'est justement parce que nous n'avions pas trop d'argent que nous n'avons pas utilisé des cordes ou d'autres instruments mais on a pris beaucoup de temps... il a fallu chercher. De plus, je n'avais pas encore de groupe à ce moment là. C'est maintenant que cela devient un groupe parce qu'on joue beaucoup ensemble. C'est gai...

Klass (basse et violoncelle), An, Koen (guitare) et Peter (batterie) Peux-tu nous parler des personnes qui t'accompagnent sur l'album et en tournée ?
Cliquez pour écouter An Pierlé présentant son groupe
Dans le groupe, il y a Koen qui joue de la guitare, Peter le batteur, Klass qui joue de la basse et du violoncelle. le violoncelliste Simon Lenski de DAAU, venu accompagner An Parfois nous sommes accompagnés de Simon Lenski de DAAU au violoncelle (ndr : comme ce fut le cas aux Francofolies de Spa) et aussi de choristes. En fait, cela dépend des moyens que nous avons et aussi de la disponibilité de chacun. Ça devient un groupe de huit sur scène...c'est beaucoup mais c'est gai comme cela tu peux essayer d'autres choses.

Tu as réalisé cet album seule ou tu as demandé la collaboration de Koen et des autres?
Non, je ne l'ai pas fait seule. Koen était producteur donc on s'est dit : "Toi, tu prends les décisions". Dans la pratique, tu discutes bien sûr mais je trouve qu'il a une vision sur cela, il a une meilleure oreille que moi. Chacun a son avis et lorsque l'on regroupe, c'est bien.

La dernière fois que nous nous sommes rencontrées, tu disais que tu n'écrivais pas de hits, or il y a sur ce nouvel album "Sing Song Sally" qui est un vrai tube en puissance ! ...
Oui mais ça n'a pas été un tube en puissance parce que...je comprends pourquoi tu dis ça... cette chanson a un potentiel mais pour que ce soit un vrai tube il faudrait qu'elle soit plus clean que ça. C'est encore trop...(ndlr : elle cherche ses mots)... les vrais hits, en ce moment, c'est vraiment polis polis polis ! Quant à nous, ce n'est pas ce que nous voulons faire donc c'est pour cela qu'on ne fait pas de vrais hits.

Effectivement, tu as toujours dit que tu ne voulais pas rentrer dans un système de concession vis a vis d'une maison de disques et que tu préférais rester toi-même, tu maintiens cette position ?
Oui, de plus en plus... on espère. C'est bien parce que comme ça, tu essayes et si tu fais quelque chose qui ne marches pas c'est ton choix, tu dois en supporter les conséquences... Il n'y a que toi qui est fautif et pas la maison de disques.

Tu disais également que c’est difficile pour toi de travailler avec d'autres gens car tu es habituée à travailler seule et que tu deviens un dictateur, cela s'est passé différemment avec cet album ?
Non mais j'apprends... (rires). Quand on travaille ensemble, on se dispute beaucoup bien sûr mais j'ai dû "ouvrir ma tête" un peu. C'est pas plus mal parce que tu apprends et cela serait dommage d'arrêter d'apprendre. Ce serait dommage, parce que le premier album a assez bien marché, de directement prendre ce petit succès et de refaire la même chose... ça ne marcherait plus pour personne et encore moins pour nous aussi. Si tu fais toute ta vie que le piano et le chant, pffff...ça devient ennuyant

An Pierlé dans le rôle de Zorro Par rapport à cette phrase :"Personne ne fait attention aux talents locaux, ainsi vous devez atteindre un niveau international dès le départ. Et ce doit être très bien de faire cela" ("Nobody cares about local talent, you have to aim internationally from the start. And it has to be very good to do that"), que voulais-tu dire ?
Oui, c'est difficile car soit tu récoltes le succès alors que tu n'es pas prêts pour ça, tu es immédiatement catapulté avec beaucoup d'argent derrière et tu n'as pas le temps de grandir soit tu restes dans ton coin à chipoter sans avoir ta chance. Pour un groupe belge, c'est toujours difficile d'être international parce que la Belgique ne représente rien. C'est comme ça... c'est un petit pays... Si tu vends ici 25.000 albums, ce n'est rien par rapport à la France, l'Allemagne. Ici en Belgique, il y a très peu de "know how", il y à très peu de gens qui connaissent des personnes qui ont quelque chose à dire à l'étranger donc c'est assez difficile de sortir de la Belgique même quand on fait de la bonne musique.

Je citerais alors ceux qui sont bien exportés, par exemple K's choice, Hooverphonic ou dEUS... Que te manque-t-il pour arriver à ce niveau là?
Je ne sais pas... une maison de disques qui travaille pour cela... Oui c'est cela... je trouve que nous avons le potentiel, il ne faut pas être de fausse modestie à ce propos mais ça va s'arranger petit à petit. Un groupe comme le nôtre, nous devons travailler, nous devons jouer... mais ça marchera au bout d'un temps. Je préfère prendre mon temps plutôt que d'être catapultée... non, ça, je n'aimerais pas.

Lors des Francofolies de Spa, tu as repris "Une belle histoire" de Fugain, "Ford Mustang" de Gainsbourg, ce que je peux comprendre mais... "Ouragan" de Stephanie de Monaco, j'ai du mal...
Ah, j'adore cette chanson ! Quand j'étais petite, ça m'emportait le coeur... J'ai toujours aimé cette chanson. Mon frère a trouvé l'album et me l'a offert pour mon Noël et... c'est très mauvais ! Mais c'est une belle chanson, c'est du moins le souvenir que j'en avais. Quand on a commencé à la retravailler, ça n'a pas été facile car c'est vraiment très mauvais !

Nous avons justement dit, à propos du concert à Spa, que, même repris par toi, ce n'était pas génial. Ton arrangement est bien mais au niveau des paroles, c'est vraiment mauvais surtout le refrain...
Oui, c'est exact. On peut encore mieux la jouer que ce qu'on a fait au Francos car c'était la première fois et on a quand même fait beaucoup de fautes. c'est un peu normal, c'est pareil avec de nouvelles chansons mais c'est amusant d'au moins essayer. C'était les Francofolies, c'est déjà bien que nous ayons pu y jouer parce que nous sommes un groupe flamand et je chante en anglais...

An Pierlé nous présente ses choristes As-tu l'intention de continuer à reprendre ces trois chansons?
Quand les choristes sont là, on reprend souvent "Une belle histoire". "Ford Mustang", on doit encore y travailler. Celle-là aussi, c'était bien avec les choristes... On essaie de temps en temps...

Toujours concernant les reprises que tu fais, tu ne joues plus "Are friends electric" lors de tes concerts ?
Non, parce que je ne sentais plus comment bien la faire. Dans ce cas, je préfère arrêter. Quand je réécoute la version que j'ai faite et qui est passée en radio, je la trouve très bien ! Mais, je n'ai jamais plus eu la "tension" de cette version, je n'y arrivais plus. Pour cette version, il y avait l'ambiance, le public, les circonstances, les nerfs, la voix (parce que c'est très grave), les cris. Tout cela a fait que j'arrivais à faire le moment ou tout est bien... Si ce n'est pas bien, tu te forces... et là, cela n'a plus le même charme donc il vaut mieux arrêter.

An Pierlé Dans "Sing Song Sally", tu dis "But the hardest way of living is from day to day", c'est ce que tu ressens par rapport à la vie ?
Oui, tout à fait ! C'est pas facile, il faut vivre au présent, pas dans le passé... et un petit peu dans le futur mais pas trop quand même... Cette chanson est comme une petite histoire avec des similitudes de ma vie quand j'étais adolescente. C'est vraiment l'histoire d'une Lolita qui part de chez elle parce que... elle comprend... les voisins regardent par la fenêtre, cachés derrière les rideaux et la médisent parce qu'ils sont jaloux car elle ose faire les choses comme elle le souhaite alors que eux ne prennent plus de risques... C'est cela et je pense que c'est valable pour beaucoup de gens.

Cela te ressemble toujours de prendre des risques ?
Oui, j'espère...

Cela signifie aussi que musicalement, tu fais les choses au jour le jour ?
Oui, parce que tu dois te renouveler. Tu ne peux pas choisir ce que tu penses, cela vient ou non et quand tu as l'inspiration, il faut en faire quelque chose de bien. De plus, tu évolues parce que tu écoutes d'autres choses, tu regardes d'autres choses...

Salut An Peux-tu imaginer le futur ? Une longue carrière musicale derrière toi...
J'aimerais beaucoup ! C'est le but : rester et continuer à jouer et faire, espérons le, de bons albums encore ! Mais ça, tu ne sais jamais, tu peux essayer mais tu ne peux pas prédire. J'aimerais bien... Je disais hier à Koen que j'étais vraiment curieuse de voir ce que le nouvel album allait donner parce que maintenant on peut partir dans toutes les directions.

Le futur proche pour toi, c'est encore des concerts ?
Oui. Les festivals sont presque terminé donc, maintenant, nous allons aller dans les salles. Nous avons un projet avec un orchestre, ce sera le 12 octobre à Mons (ndr : je n'ai vu aucune confirmation quant au lieu de ce concert...).Nous l'avons déjà fait une fois, c'était vraiment génial. Avec nos chansons, ça fonctionne vraiment bien d'avoir des cordes... ça monte et ça bouge... Nous devons encore retravailler cela. Nous allons également faire un concert à L'AB le 16 octobre avec un quatuor. Et puis, je suis en train d'écrire de nouvelles chansons, petit à petit. Ainsi, nous pouvons essayer de nouvelles choses dans les salles.

Sur l'album il y a la mention "please respect my copyright, don't copy my CD", je trouve que le prix de ton CD est parmi les plus chers, ce qui n'invite pas forcément à l'achat. Tu n'es pas en cause, bien entendu mais que peut-on faire ? Quel est ton avis sur la situation actuelle ?
Je sais que c'est un problème, il faut que les maisons de disques trouvent une solution. Je vends mon disque à 18 € (euros) quand je le vends moi-même. Je ne peux pas baisser le prix car quand je compte les impôts que je paie dessus, moins de 18 €, j'y perds ! Je ne vois pas de solution.

J'estime qu'il y a un problème de TVA. Sur les CD, elle est de 21% ! Pour un produit culturel, cela devrait être réduit!
Oui... Le problème se pose aussi sur le prix des CD-R, ils sont très bon marché. Il faudrait augmenter le prix... Il y a des systèmes... par exemple, (ndr : en riant, elle dit...) je suis pour un système d'épargne... mais ça c'est très chiant... Je prendrais un livret d'épargne et les gens déposeraient de l'argent. Cela nous permettrait de refaire des albums ! (ndr : plus sérieusement) Parce que c'est cela le problème... Si nous ne vendons plus d'albums, la maison de disque n'investit plus... c'est cela le problème.

De plus, un CD comprend aussi un aspect graphique...
Oui, là aussi, on s'investit beaucoup parce que cela coûte cher un livret incluant les textes, les dessins... avoir un bon papier pour qu'au final, les gens puissent avoir un produit qui est bien pensé et bien réalisé.

Il faudrait aussi que les gens comprennent que l'achat du CD constitue pour l'artiste un moyen de vivre et donc de refaire de la musique, de recréer quelque chose qui peut apporter une émotion à l'auditeur. En quelque sorte, c'est un service qu'ils se rendent à eux-même...
Oui, nous avons investit le meilleur de nous-même dans le CD...Il est certain que si on ne vend pas assez, la prochaine fois, on ne pourra pas bénéficier d'un budget pour faire quelque chose de bon ! Parce que déjà, on ne dépense pas beaucoup, on veut vraiment rester réaliste... on ne fait pas de clip d'un million quatre, on n'a pas les moyens... c'est pas grave mais...enfin... il faut trouver une solution mais... D'autant qu'on ressent, on voit que c'est beaucoup copié et d'ailleurs il y a des gens qui viennent avouer qu'ils ont copié le CD. Je comprends le problème, c'est vrai que c'est cher mais je peux simplement dire que pour les groupes locaux, on devrait éviter de copier...

Je pense que la Belgique devrait faire un effort pour diminuer la TVA sur les disques des artistes belges !
Oui, ça pourrait être intéressant !

Le débat reste ouvert... Comment avoir accès à la musique sans pour autant devoir se ruiner ? La seule conclusion qui reste est de respecter le talent des artistes (finalement, il nous font rêver, non ?) et... de profiter des promotions, ou d'acheter dans un magasin de seconde main...

interview : C.Flohimont
photos : Célyne J.